Histoire de Fabras
De l’an mille à aujourd’hui, petit voyage dans le temps au fil des siècles, à la rencontre des Fabrassous et des Fabrassounes qui ont fait le village.
Il y a 1000 ans…

Fabras existait déjà autour de l’an 1000 et, en 1179, l’évêque de Viviers donne l’église aux moines de Charay qui exploitent une ferme. On devait travailler dur à Fabras… comme l’attestent les racines latines du nom : « travailleur, ouvrier ».
Les premiers noms d’habitants recensés en 1464 existent toujours aujourd’hui : Boissin, Champeaux, Egaux, Larmande, Lavigne, Bertrande…
Au XVIᵉ siècle : les guerres de Religion

Pendant les guerres de Religion (1562-1598), une partie de la population semble s’être convertie au protestantisme sans que l’église du village en souffre.
La coexistence pacifique devait être de rigueur, même si, en 1591, le Château du Pin reçoit en garnison… deux soldats originaires de Fabras, catholiques et payés au lance-pierre !
Au XVIIᵉ siècle

Le village a une auberge (au hameau des Soulhets), un maître d’école mais… la cloche de l’église est en panne… En 1630, la peste frappe les Soulhets qu’on isole du reste du village.
En 1632, les Fabrassous sont presque tous paysans (mais pas tous propriétaires). Les bois couvrent près du tiers du paysage, la vigne est presque partout. Il y a des prés, des vergers et même des parcelles de chanvre, mais on n’a pas encore planté de mûriers. Dimension moyenne des exploitations : 7 hectares ; un record, au mas de Larmande : 38 hectares.
En 1659, la cloche de l’église est enfin changée. Depuis, elle sonne toujours et son bronze porte gravée cette prière : « De la foudre et de la tempête délivrez-nous… ». C’est l’époque où l’on paye la taxe foncière au château en mesure de grain, à charge pour le seigneur de Chanareilles d’offrir (seulement un an sur deux !) à dîner au contribuable. On se marie jeune à Fabras : un couple de 14 ans convole en 1674 !
Le siècle des Lumières

Il démarre très mal à Fabras, avec la terrible famine de 1710 : 2 naissances, aucun mariage et 48 décès (surtout des jeunes et des vieux). L’église menace ruine, 52 familles (220 habitants) vivent au village. Le nouveau curé bâtit une école pour les filles. Et les chèvres font tant de ravages qu’il est interdit d’en posséder plus de deux !
1789… Des gelées, des sécheresses et des inondations catastrophiques précèdent et suivent la Révolution. Le curé de Fabras, l’abbé Labro, qui possède le Château du Pin, prête serment à la République. Il est aussi le « Consul » d’une commune qui frappe monnaie sous forme de « billets de confiance ». À la suite d’un « attroupement armé », il sera assassiné une nuit de l’an 1800 dans son château.
Le village compte alors 406 habitants, paysans pour l’essentiel, mais aussi charpentiers, maçon, cabaretiers, cardeurs, tisserands, fileuses, tailleurs, sans oublier de nombreux bergers, 21 écoliers et… une mendiante. L’arbre de la Liberté sera abattu et l’on réclamera deux instituteurs ; en vain, faute d’argent.
Au XIXᵉ siècle

En 1825, Fabras récupère son curé et paye une institutrice. Les impôts locaux se règlent en journées d’entretien des chemins vicinaux. Le village compte alors 600 habitants.
Six ans après, les 500 Fabrassous créent une Garde Nationale éphémère de 57 hommes (sans arme ni uniforme) et bâtissent leur école publique. On tire des coups de fusil sur les fenêtres de la cure et l’évêché prive Fabras de messes et d’enterrements… En 1840, il y a 40 élèves.
Il y a aussi cette histoire d’eau où maires et curés s’affrontent pour une fontaine détournée et, plus sérieux, la construction d’une route reliant la Nationale 102 au village : il aura fallu des décennies pour que le projet aboutisse. Nous sommes en 1890, un Fabrassou devient colon en Algérie et l’Ardèche connaît des crues record.
Au XXᵉ siècle

À la veille de 1914, ils ne sont plus que 417 fabrassous et fabrassounes. L’électricité arrive ; la commune fête son centenaire. Peu à peu, la culture de « l’arbre à pain » — le châtaignier — décroît. La guerre tuera 25 Fabrassous…
Nous voici en 1956 : le déclin démographique s’accélère (242 habitants). On découvre alors de l’uranium aux Soulhets, trop disséminé pour être exploitable. L’exode rural s’accentue : les Fabrassous partent vers Lyon, Marseille… Depuis le début du siècle, ils étaient souvent à la fois paysans et ouvriers dans les filatures, les usines de tanin ou les mines de charbon. Mais les terres ne sont plus rentables, les manufactures et les puits ferment.
Au creux de la vague, en 1975, ils ne sont plus que 185 et bientôt l’école ferme ses portes. Les Fabrassous renvoient leurs cartes électorales : une révolte efficace, l’école rouvre en 1985… avant de disparaître quelques années plus tard.
Aujourd’hui

Fabras se cherche un bel avenir. Le village se repeuple : près de 400 habitants, une seule exploitation agricole mais beaucoup de constructions neuves.
À l’heure de l’intercommunalité, loin des bruits de la ville, la commune se redynamise et regarde du côté du tourisme vert et des micro-entreprises. Le cœur de Fabras bat toujours très fort.